
Après un passage éclair par Hamilton, de loin la ville la plus laide du pays, mes quelques jours à Raglan sont ma dernière étape avant Auckland. Ici le (kite/wind)surf est roi, ça se sent dans l’air, le design et la musique des cafés, les coupes de cheveux des garçons, la force du vent, et la douce torpeur qui nous saisit à peine arrivé. Les heures semblent prendre leur temps et les mots « plage », « glace », « sieste » ou « rester là toute la vie prendre du bon temps » viennent à l’esprit comme une évidence. Ce sont donc par de vraies vacances que je termine ce voyage, avant de retrouver la cohue d’Auckland et replier bagage une dernière fois pour ne les réouvrir qu’à la maison.
C’est le moment aussi de jeter un regard en arrière et de réaliser l’ampleur du chemin parcouru. Celui qui se mesure en kilomètres n’est rien comparé au cheminement intérieur, gagné en connaissance de soi, à (re)découvrir ce qui était finalement déjà là, parfois bien enfoui, parfois ne demandant qu’à sortir, le temps, les rencontres, les difficultés et le plaisir jouant comme un révélateur.
Plaisir. C’est bien ce qui définit chaque jour de ce voyage, comme un shoot permanent exacerbant tous mes sens, rendant peut-être les choses plus belles qu’elles ne sont en réalité, guidant mes choix et adoucissant ma peine. Impressionnant de voir à quelle vitesse les moments difficiles sont oubliés, à peine le vent a-t-il tourné…
Je réalise aussi que ce récit relate l’exceptionnel et montre bien peu du quotidien de ce voyage. Chaque jour les mêmes regards étonnés, les mêmes questions posées, les encouragements, les incompréhensions. Les petits déjeuners passés les yeux courant sur la carte à se faire une image mentale de la journée qui s’annonce. Les pique-nique dans le talus, le café réconfortant, les courses quotidiennes (à quoi sera aromatisée ma boite de thon aujourd’hui ? Soyons fou, j’essaie les sardines ! Oh mon dieu, une nouvelle sorte de barres de céréales !!!), le rituel du (dé)chargement des sacoches et du (dé)montage de la tente (une minute de moins qu’hier ! Yes !), la lessive dans la douche, l' »instant Vaseline », le choix du cuissard (on en a toujours un moins bon que les autres…). Et les premiers tours de pédales, chaque matin, la poitrine gonflée par la sensation de liberté et le bonheur de repartir à la rencontre de nouvelles personnes et de nouveaux paysages. Cette routine qui s’installe au fil des semaines mais jamais ennuyeuse car toujours transposée dans un environnement différent. J’ai aussi bien souvent pris le temps de faire un pas en arrière et mesurer la chance de pouvoir vivre cette expérience, prise de conscience me faisant chaque fois tomber de plus haut.
Il est bien évidemment difficile d’envisager de mettre tout ça de côté : on s’habitue vite à ne plus avoir de contraintes ou en tout cas à les choisir. Mais même si l’atterrissage sera peut-être un peu rude, je rentre néanmoins la tête pleine d’envies et de projets et chargée de l’enthousiasme qui va avec (qui aurait pu douter du contraire ?…). L’excitation aussi de revoir enfin ceux qui m’ont manqué pendant tout ce temps : le voyage a ça d’imparfait qu’on ne peut y emmener les êtres chers avec soi. Mais malgré la distance, beaucoup n’ont cessé d’être là, pour m’épauler ou juste prendre des nouvelles et partager leur quotidien. Comme à la fin de chaque belle histoire, il est donc grand temps de dire merci.
Merci donc à tous ceux qui m’ont encouragée, soutenue, aidée et lue.
Et plus particulièrement :
Merci à François pour l’inspiration de départ, les cours de mécanique, le soutien psychologique (« Donne touuuut !! »), l’assistance technique à distance et les blagues de merde.
Merci à Célia pour les stimulations du retour, pour m’avoir fait garder, parfois sans le vouloir, contact avec les réalités du quotidien, pour les back-up photos et simplement d’être là.
Merci à mes parents pour les news familiales régulières, les résumés de l’actualité internationale hauts en couleur, l’ouverture du courrier, le secours bancaire, le baptême en parapente. Merci aussi d’avoir supporté mon impatience et ma mauvaise humeur quand la fatigue aurait dû repousser mon appel…
Merci à Edith et mes parents pour les colis de fromages, chocolats et autres cochonnailles qui ont jalonnés ma route comme des balises dans la tempête et laissés un souvenir olfactif impérissable à la poste d’Oamaru.
Merci à Fred pour le suivi du courrier et les photos de burgers.
Merci à Florian pour les injections régulières de bonne humeur.
Merci à Florence pour « l’oreille » attentive.
Merci au vent qui a fait que le nom de ce blog était finalement un peu plus qu’une plaisanterie…
Merci à Brooks de faire des selles dont la bonne réputation n’a d’égale que la dureté du cuir…
Merci aussi à Fabien, Véronique, Arnaud et quelques autres pour ces moments passés ensemble, le plaisir de rouler/marcher (bien) accompagnée et de partager cette expérience.
Et merci à tous les kiwis qui m’ont accueillie, nourrie, logée, prise en stop, fait découvrir leur pays…
Bon vent à tous et à bientôt pour de nouvelles aventures !










Et pour finir, quelques chiffres-clés…
Distance parcourue :
– à vélo : 8’528 km (dont un peu plus de 1’000 sur routes non asphaltées et 18 sur voie express (ce qui ne veut pas dire que je roule plus vite…))
– à pied : 788 km
– en bus : 1’158 km
– en train : 116 km
– en voiture : 122 km
– en stop : quelques dizaines
– en ferry : 274 km
Vitesse maximale à vélo : 73 km/h
Vitesse minimale : 3,9 km/h
Distance maximale parcourue en une journée : 128 km
Poids du chargement (sans compter l’eau, la nourriture, le vélo et la cycliste) : +/- 35 Kg
Crevaison : 0
Rayon cassé : 0
Chaînes neuves : 2
Chutes : 2 1/2
Pots de Vaseline/Bepanthen : 3
Tubes de crème solaire (indice 50) : 5
Spray anti-sandflies (force tropicale) : 6
Piqûres : 42
Kilos de pâtes : 36
Souris d’agneaux : 52
Kiwis : 125
Flat White/Cappuccinos : 238

Snif, c’est fini ! Mais ça finit sur une ouverture vers de nouvelles aventures ! 🙂
D’autres projets ?
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Et surtout, merci à toi de nous avoir fait partager cette belle aventure avec de superbes photos accompagnées de magnifiques textes… On en redemande 🙂
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Ah, Camille!!!!
Quel bel épitre!
J’ai pensé à toi ce weekend en pédalant dans Québec… je disais à ma partenaire de vélo qui part en Écosse prochainement avec moi: « tu sais Camille?…elle revient ce weekend… »
Et bien oui. Atterris bien, ma chère… encore les voiles gonflées de toute cette ventologie néo-zélandaise.
En espérant à nouveau croiser ta route un jour…
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Bonjour Camille,
En départ pour 6 semaines à vélo sur l’île du Nord, ce blog, très joliment écrit, est très inspirant, si besoin est.
Je suivrai des tronçons sur l’itinéraire.
Cordialement,
Marcel
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